En arabe, une phrase se dit جُمْلَة (jumla) et se construit en reliant des éléments qui permettent d’exprimer une information complète.
Contrairement au français, sa construction ne repose pas toujours sur un verbe exprimé, et la grammaire arabe distingue principalement la phrase nominale de la phrase verbale.
Comprendre ces deux structures permet ensuite de former facilement ses propres phrases en arabe et d’éviter les erreurs de traduction mot à mot.
Comment dit-on « phrase » en arabe ?
Le mot « جُمْلَةٌ » (jumla, « phrase ») désigne une phrase au sens grammatical. Son pluriel est « جُمَلٌ » (jumal, « phrases »).
Exemple : « هَذِهِ جُمْلَةٌ » (hadhihi jumlatun) signifie « Ceci est une phrase ».
En grammaire arabe, une phrase repose sur « إِسْنَادٌ » (isnad, « attribution ») : on relie un élément, appelé « مُسْنَدٌ إِلَيْهِ » (« ce dont on parle »), à une information donnée à son sujet, appelée « مُسْنَدٌ » (« ce qu’on en dit »).
Sachant qu’il y a deux types de phrases :
- Dans une phrase nominale, cela correspond souvent au « مُبْتَدَأٌ » (« sujet de départ ») et au « خَبَرٌ » (« information donnée sur le sujet »).
- Dans une phrase verbale, on retrouve notamment le « فِعْلٌ » (« verbe ») et le « فَاعِلٌ » (« celui qui fait l’action »).
Pour aller plus loin : « الْجُمْلَةُ » (« phrase grammaticale ») peut faire partie d’un ensemble plus grand, tandis que « الْكَلَامُ » (« énoncé complet ») exprime à lui seul un sens complet.
Les deux grands types de phrases en arabe

La grammaire arabe distingue principalement deux manières de construire une phrase : la phrase nominale et la phrase verbale.
Savoir les reconnaître permet de comprendre beaucoup plus facilement l’ordre des mots en arabe.
La phrase nominale en arabe : « الْجُمْلَةُ الاِسْمِيَّةُ »
La « الْجُمْلَةُ الاِسْمِيَّةُ » (al-jumla al-ismiyya, « phrase nominale ») se construit généralement autour de deux éléments :
- le « مُبْتَدَأٌ » (mubtada’, « ce dont on parle ») ;
- le « خَبَرٌ » (khabar, « ce qu’on en dit »).
Par exemple :
« الْجَوُّ جَمِيلٌ » = « Le temps est beau ».
Ici, « الْجَوُّ » (« le temps ») est ce dont on parle et « جَمِيلٌ » (« beau ») donne une information à son sujet.
Une différence importante avec le français est qu’au présent, le verbe « être » n’est généralement pas écrit dans ce type de phrase. On dit donc littéralement « le temps beau » pour exprimer « le temps est beau ».
Le « خَبَرٌ » (« information donnée ») ne se limite pas à un simple adjectif. Il peut aussi être un groupe de mots ou même une phrase entière.
Par exemple :
« الْكِتَابُ عَلَى الطَّاوِلَةِ » = « Le livre est sur la table ».
Ici, « عَلَى الطَّاوِلَةِ » (« sur la table ») indique où se trouve le livre.
On peut même avoir :
« الطَّالِبُ يَدْرُسُ دُرُوسَهُ » = « L’élève étudie ses leçons ».
Même si un verbe apparaît, l’ensemble est considéré comme une phrase nominale dans l’analyse traditionnelle, car on commence par « الطَّالِبُ » (« l’élève ») et la suite « يَدْرُسُ دُرُوسَهُ » (« étudie ses leçons ») donne une information à son sujet.
Il ne faut donc pas retenir simplement qu’une phrase nominale est « une phrase sans verbe ». L’absence du verbe « être » concerne surtout les phrases nominales simples au présent.
La phrase verbale en arabe : « الْجُمْلَةُ الْفِعْلِيَّةُ »
La « الْجُمْلَةُ الْفِعْلِيَّةُ » (al-jumla al-fi‘liyya, « phrase verbale ») est construite autour d’un « فِعْلٌ » (fi‘l, « verbe ») et de celui qui réalise l’action, appelé « فَاعِلٌ » (fa‘il, « sujet du verbe »).
Par exemple :
« ذَهَبَ أَحْمَدُ » = « Ahmad est parti ».
La phrase est déjà complète avec « ذَهَبَ » (« est parti ») et « أَحْمَدُ » (« Ahmad »).
Certains verbes ont aussi besoin d’un « مَفْعُولٌ بِهِ » (maf‘ul bihi, « complément d’objet ») :
« كَتَبَ الطَّالِبُ الدَّرْسَ » = « L’élève a écrit la leçon ».
Ici, « كَتَبَ » signifie « a écrit », « الطَّالِبُ » désigne celui qui écrit et « الدَّرْسَ » (« la leçon ») désigne ce qui est écrit.

Le complément d’objet n’est donc pas obligatoire dans toutes les phrases verbales : tout dépend du verbe utilisé et de ce que l’on souhaite dire.
Enfin, le sujet n’a pas toujours besoin d’être écrit séparément. La conjugaison arabe permet souvent de savoir qui réalise l’action. Par exemple, « أَكْتُبُ » signifie à lui seul « j’écris ».
Une phrase arabe ne se construit donc pas obligatoirement avec trois éléments fixes « sujet + verbe + objet » : sa structure dépend du type de phrase et du sens que l’on veut exprimer.
Quel est l’ordre des mots dans une phrase arabe ?
En français, on construit généralement une phrase dans l’ordre sujet + verbe + complément : « Anas écrit la leçon ».
En arabe, l’ordre est plus souple. Une phrase verbale peut notamment suivre l’ordre verbe + sujet + complément, très courant en arabe classique et standard.

Par exemple :
« كَتَبَ أَنَسٌ الدَّرْسَ » = « Anas a écrit la leçon ».
Mot à mot, on obtient : « a écrit / Anas / la leçon ».
Cela ne signifie pas pour autant que le verbe doit toujours être placé en premier. On peut aussi mettre le sujet en tête :
« أَنَسٌ كَتَبَ الدَّرْسَ » = « Anas a écrit la leçon ».
Les deux constructions sont possibles, mais elles ne présentent pas exactement l’information de la même manière. Placer un élément en premier peut notamment permettre de davantage attirer l’attention sur celui-ci.
Prenons un autre exemple avec Oumi :
« تُحِبُّ أُمِّي الْقَهْوَةَ » = « Oumi aime le café ».
On peut également dire :
« أُمِّي تُحِبُّ الْقَهْوَةَ » = « Oumi aime le café ».
Il faut aussi savoir que le sujet est souvent déjà indiqué par la conjugaison du verbe. Ainsi :
« أُحِبُّ الْقَهْوَةَ » = « J’aime le café ».
On peut ajouter le pronom « أَنَا » (« moi / je ») devant :
« أَنَا أُحِبُّ الْقَهْوَةَ » = « Moi, j’aime le café ».
La construction « أُحِبُّ أَنَا الْقَهْوَةَ » n’est pas forcément incorrecte : le « أَنَا » peut servir à insister sur « moi ». Pour débuter, il est cependant plus naturel de retenir « أُحِبُّ الْقَهْوَةَ » ou « أَنَا أُحِبُّ الْقَهْوَةَ ».
Pour aller plus loin : lorsque le sujet est placé après le verbe, l’accord du verbe peut parfois fonctionner différemment de celui d’une phrase où le sujet est placé avant.
Comment construire une phrase simple en arabe ?
Une fois la différence entre phrase nominale et phrase verbale comprise, quelques modèles simples permettent déjà de construire beaucoup de phrases en arabe.
Construire une phrase nominale simple
Pour commencer, on peut utiliser le modèle nom ou pronom + information.
Par exemple :
« أَنَا طَالِبٌ » = « Je suis étudiant ».
Il suffit ensuite de changer l’information :
« أَنَا فَرَنْسِيٌّ » = « Je suis français ».
« أَنَا مُتْعَبٌ » = « Je suis fatigué ».
Également
On peut faire la même chose avec un nom :
« الْبَيْتُ كَبِيرٌ » = « La maison est grande ».
Avec un mot féminin, la forme de l’adjectif s’adapte :
« الْمَدْرَسَةُ كَبِيرَةٌ » = « L’école est grande ».
On peut aussi indiquer un lieu :
« الْكِتَابُ عَلَى الطَّاوِلَةِ » = « Le livre est sur la table ».
Dans toutes ces phrases au présent, il n’est pas nécessaire d’ajouter un mot correspondant à « est ». On peut donc former de nombreuses phrases simplement en indiquant de qui ou de quoi on parle + l’information que l’on veut donner.
Construire une phrase verbale simple
Pour construire une phrase verbale, on peut partir d’un verbe déjà conjugué :
Par exemple :
« يَقْرَأُ » = « Il lit ».
On peut ensuite préciser qui réalise l’action :
« يَقْرَأُ أَنَسٌ » = « Anas lit ».
Puis ajouter ce qu’il lit :
« يَقْرَأُ أَنَسٌ كِتَابًا » = « Anas lit un livre ».
Continuons
Comme vu précédemment, on peut également placer Anas en premier :
« أَنَسٌ يَقْرَأُ كِتَابًا » = « Anas lit un livre ».
Le principe est donc simple : on part d’une petite phrase, puis on ajoute une information à la fois.
Par exemple :
« تَذْهَبُ سَارَةُ » = « Sara va ».
« تَذْهَبُ سَارَةُ إِلَى الْمَدْرَسَةِ » = « Sara va à l’école ».
Cette méthode permet de construire progressivement ses propres phrases sans chercher à ajouter systématiquement un sujet, un verbe et un complément.
Comment transformer une phrase arabe ?
Une phrase affirmative peut facilement être modifiée pour nier une information ou poser une question.
Mettre une phrase à la forme négative
En arabe, il n’existe pas un seul équivalent de « ne… pas » : la négation dépend notamment du type de phrase et du temps.
Au présent avec un verbe, on peut commencer par « لَا » :
« أَفْهَمُ » = « Je comprends ».
« لَا أَفْهَمُ » = « Je ne comprends pas ».
Avec une phrase nominale, on utilise notamment « لَيْسَ » :
« الْبَيْتُ كَبِيرٌ » = « La maison est grande ».
« لَيْسَ الْبَيْتُ كَبِيرًا » = « La maison n’est pas grande ».
D’autres formes comme « لَمْ », « لَنْ » et « مَا » existent et s’apprennent ensuite selon le temps et la construction.
Poser une question en arabe
Pour une question appelant « oui » ou « non », on peut utiliser « هَلْ » :
« هَلْ أَنْتَ طَالِبٌ؟ » = « Es-tu étudiant ? ».
Pour demander une information précise, on utilise notamment :

- Qui : « مَنْ » = « qui ».
- Quoi : « مَا / مَاذَا » = « quoi / que ».
- Où : « أَيْنَ » = « où ».
- Quand : « مَتَى » = « quand ».
- Comment : « كَيْفَ » = « comment ».
- Pourquoi : « لِمَاذَا » = « pourquoi ».
Exemple : « أَيْنَ سَارَةُ؟ » = « Où est Sara ? ».
Les erreurs fréquentes quand on forme une phrase en arabe
L’erreur la plus fréquente consiste à construire une phrase arabe exactement comme en français. Le mot à mot fonctionne mal, notamment avec le verbe « être », qui n’est généralement pas exprimé dans une phrase nominale simple au présent.
Il faut aussi éviter quelques réflexes :
- Ordre : une phrase arabe ne commence pas obligatoirement par un verbe. Les constructions verbe + sujet et sujet + verbe sont toutes les deux possibles.
- Complément : une phrase verbale n’a pas toujours besoin d’un complément d’objet. « ذَهَبَ أَنَسٌ » = « Anas est parti » est déjà une phrase complète.
- Pronoms : inutile d’ajouter systématiquement « أَنَا » (« je »), « نَحْنُ » (« nous ») ou « هُوَ » (« il »), car la conjugaison indique souvent déjà le sujet.
- Accords : le genre et le nombre doivent être respectés lorsque la construction l’exige.
À l’inverse, il ne faut pas croire qu’une phrase nominale ne peut jamais contenir de verbe. Celui-ci peut faire partie de l’information donnée sur le sujet :
« الطَّالِبُ يَدْرُسُ دُرُوسَهُ » = « L’élève étudie ses leçons ».
Il faut également éviter de mélanger arabe littéraire et dialecte dans une même explication ou dans un même tableau.
Enfin, « أُحِبُّ أَنَا الْقَهْوَةَ » n’est pas simplement une erreur : « أَنَا » peut servir à insister sur « moi ». Pour débuter, retenez surtout les formes plus naturelles « أُحِبُّ الْقَهْوَةَ » (« J’aime le café ») et « أَنَا أُحِبُّ الْقَهْوَةَ » (« Moi, j’aime le café »).